Moi, dans ma boîte, les stagiaires seraient comme des employés ! Le statut de stagiaire est extrêmement précaire, principalement du fait qu’il n’est pas protégé par le droit du travail. Malheureusement, les entreprises en profitent souvent pour se procurer une main-d’oeuvre peu chère et très flexible. Faisons un bilan de la situation actuelle et établissons des pistes de réflexion pour améliorer la situation…
La loi est très inégale
Le stage, aujourd’hui, est complètement à l’avantage de l’entreprise, au détriment du stagiaire. En effet, voici la comparaison, du point de vue du stagiaire ou de l’employé, entre les différents types de contrats.
DIF : Droit Individuel à la Formation
Il y a donc une différence énorme entre le statut de stagiaire et celui d’employé junior, mais pourtant, sur le terrain, la différence n’est pas toujours si grande. La preuve, c’est que de nombreux postes qui devraient normalement donner lieu à un emploi sont occupés par des stagiaires qui se succèdent à ce même poste, où le stagiaire qui arrive ne reçoit pour toute formation que celle de celui qui s’en va. Pourquoi ? Je ne pense pas trop m’avancer en affirmant que c’est parce que ça coûte moins cher à l’entreprise. NB : heureusement, ce n’est plus si facile, grâce à la loi Cherpion, qui fera bientôt l’objet d’un article sur ce blog.
Le saviez-vous ? La loi autorise tout à fait une entreprise à mettre fin à un stage, sans motif, sans préavis, sans indemnité, bref, sans aucune morale ! Et certaines ne se gênent pas…
Le stagiaire est moins payé car moins efficace ?
Effectivement, un stagiaire, même avec toute la bonne volonté du monde (et de l’entreprise), n’est pas aussi performant qu’un employé avec une expérience de 10 ans, par exemple. Certaines études pointent du doigt le fait qu’un stagiaire ne devient véritablement “rentable” qu’au bout de 2 mois. Cela explique que la loi n’impose pas de gratification (la rémunération du stagiaire, dont le minimum est de 3% du SMIC soit 417€ brut/mois) en dessous de 2 mois.
Cependant, le problème n’est pas la différence entre un stagiaire et un employé avec 10 ans d’expérience, mais bien la différence entre un stagiaire et un emploi junior. Par exemple, de nombreux stages requièrent une expérience dans le secteur, qui peut parfois aller jusqu’à 12 mois (cf. description de profil ci-dessous). Le but d’un stage étant avant tout la formation, peut-on vraiment demander une expérience significative ? Si aucune entreprise ne se décide à employer des débutants, les débutants resteront toujours des débutants et ne trouveront jamais d’emploi.
Profil : Vous faites preuve d’une bonne capacité d’écoute et d’analyse, vous avez l’esprit de synthèse et un bon relationnel (client et interne). Vous êtes rigoureux, dynamique et efficace.?Vous justifiez d’une expérience (sous forme d’autres stages) en tant qu’assistant chef de projet.
Remarquez les « s » à « autres » et « stages » !
Le stage : tremplin vers l’emploi ou destructeur d’emploi ?
Ceci est une question piège ! Il n’est pas très difficile à déceler mais pourtant, même le ministre de l’Enseignement Supérieur, Laurent Wauquiez, tombe en plein dedans :
Libération : Pour le collectif Génération précaire, les stages tuent l’emploi junior…
Laurent Wauquiez : C’est exactement l’inverse. Un jeune qui a fait un stage voit ses chances de trouver un emploi multipliées par deux [toujours selon l'étude du ministère, ndlr] (1).(1) Ces chiffres sont issus d’une enquête interne que nous n’avons pas pu consulter, menée en 2009-2010 par le ministère de l’Enseignement supérieur et la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle. L’enquête ne porte que sur les universités publiques, excluant les stages réalisés en BTS, IUT, écoles de commerce et ingénieurs.
La vrai réponse, c’est que le stage est considéré comme un tremplin vers l’emploi donc il détruit des emplois. C’est pourtant tout à fait logique : quand les entreprises cherchent un stagiaire pour occuper une fonction, plutôt que de recruter quelqu’un en CDI/CDD, elles recrutent un stagiaire. Sur le marché de l’emploi, ça fait une offre de stage en plus, pour une offre d’emploi en moins. Un stage = un emploi en moins, quoi de plus évident, monsieur Wauquiez ? La vraie question n’est donc pas “le stage est-il un tremplin vers l’emploi ou un destructeur d’emploi ?”, mais plutôt “Laurent Wauquiez est-il incompétent ou nous prend-il pour des imbéciles ?”.
Mais que faire, alors ?
Même en considérant que les politiques se bougent (par exemple, enfin une petite avancée : il y a la loi Cherpion), comment la loi pourrait-elle faire pour régler tous les problèmes énoncés ? Cela me semble une tâche très complexe, pour ne pas dire impossible. Les stages peuvent être tellement différents… Une loi qui lutterait contre la précarité des stages, en augmentant la gratification minimale par exemple, risquerait également de décourager les entreprises de prendre des stagiaires, sans pour autant créer systématiquement de nouveaux emplois juniors !
Ce qu’on propose, ou plutôt ce qu’on va proposer dans une série d’articles sur les stages, c’est un ensemble de bonnes pratiques pour les entreprises vis-à-vis de leurs stagiaires*. Ce sont des pratiques que tout stagiaire peut légitimement exiger d’une entreprise, mais qu’ils n’osent la majorité du temps pas formuler parce qu’ils ont l’impression de ne pas avoir leur mot à dire. N’oubliez pas de dialoguer, c’est important !
Vous avez déjà fait un stage (ou vous en faites un actuellement) ? Nous attendons vos témoignages : (envoyez un mail à contact@moidansmaboite.fr), ils nous aideront beaucoup à améliorer la pertinence et la qualité des articles avec des expériences vécues.
Si cette série d’articles sur les stages vous intéresse et que vous voulez être avertis lors de leur parution, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter !
* et les bonnes pratiques des stagiaires vis-à-vis de leur entreprise, me diras-tu? C’est déjà bien assez rabaché par les établissements de formation qui demandent à leurs étudiants d’être de bons esclaves stagiaires biens dociles (sois stage et tais-toi).

